Augmenter l’encours de la Finance Solidaire par un format événementiel participatif

Etude de cas

Dépoussiérer la finance  

« Mon adversaire, c’est le monde de la finance » avait mentionné François Hollande lors de la campagne présidentielle de 2012. Au-delà de l’aspect polémique, cette phrase illustre surtout le poids du secteur de la finance dans notre société. Et bien qu’elle soit le nerf de la guerre, il semblerait qu’elle reste encore peu remise en cause. Nombreux sont ceux qui cherchent à changer leurs habitudes de consommation, leurs manières de se nourrir, de voyager… Quitte à bousculer nos quotidiens, mais qu’en est-il de notre rapport à l’argent qui dort sur nos comptes, et qui bien souvent, finance des activités qu’il devient de plus en plus difficile de soutenir dans des discussions publiques : l’industrie pétrolière, l’agriculture industrielle, l’armement, l’alcool, etc.? Sommes-nous prêts à faire évoluer nos placements, ou considérons-nous que c’est peine perdue ?

Pourtant, une alternative existe, même si elle reste encore aujourd’hui incomplète : la Finance Solidaire. Circuit de financement qui permet à votre épargne de financer des activités ayant une utilité sociale, tout en permettant de dégager des intérêts comme sur les circuits de finance standard. En 2019, lorsque nous avons commencé à concevoir ce format d’événement, la part de cette épargne solidaire dans l’épargne des Français représentait 0,29 %, permettant par exemple de verser 4,3 millions d’euros de dons à des associations d’après les chiffres publiés par FAIR, anciennement connu sous le nom de Finansol.. 

Lorsque la MAIF nous partage son souhait de se lancer dans l’organisation d’événements qui permettraient d’augmenter l’encours de la Finance Solidaire, nous y voyons une double opportunité : 

-    celle de renouer avec l’expertise historique de Ouishare dans la conception d’événements nouveaux et réellement participatifs (comme nous l’avons fait au Ouishare Fest et au Grand Barouf Numérique par exemple : en organisant des fishbowls, une assemblée parlementaire fictive, etc.)

-    celle d’investir un sujet encore peu investigué par Ouishare et de réfléchir à la question suivante : la finance solidaire peut-elle sérieusement faire levier ? Et si oui, alors grâce à quel format d’événement ?

Pour la MAIF, travailler avec Ouishare est à la fois gage de confiance et d’alignement des valeurs. En effet, nous travaillons depuis longtemps avec la MAIF et avons collaboré sur de nombreux événements (1). Aussi, nos valeurs fortes et notamment celles d’ouverture, de collaboration et d’expérimentation permanente résonnent parfaitement avec l’objet du projet, à savoir concevoir un prototype d’événement qui puisse être expérimenté et reproduit par d’autres organisations, qui elles aussi aimeraient donner un coup d’accélérateur à l’épargne solidaire. 

Premier test de l'Agora de la Finance Solidaire en décembre à Troyes

Pour répondre à ces objectifs, nous procédons en trois étapes.

Cadrer ! La finance solidaire, c’est quoi exactement ?  

Nos premières actions ont consisté à créer un cadre commun de compréhension du sujet avec  l’ensemble de l’équipe projet composée de membres de MAIF, du MAIF Social Club, de FAIR et de Ouishare. Bien que nos avis différaient sur le sujet, nous devions tous parler le même langage. Pour ce faire, nous avons : 

-    réalisé un diagnostic de la finance solidaire pour en explorer les enjeux, les acteurs clés et découvrir les événements existants ;

-    mené une série d’entretiens avec des experts du secteur pour enrichir notre compréhension du sujet et tester nos premières hypothèses ;

-    rédigé un cahier des charges à partir de l’analyse croisée des observations réalisées lors de notre diagnostic et des principaux enseignements tirés des entretiens.

Cette étape fut essentielle pour aligner l’équipe et poser des bases solides avant de poursuivre notre travail. Elle nous a non seulement permis d’affiner nos rôles et responsabilités mais aussi de définir précisément le périmètre de l’événement type, les besoins auxquels il devait répondre ainsi que ses critères de succès. 

**Créer dans l’incertitude – Résoudre le paradoxe de travailler en ligne à l'élaboration d'un événement physique

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Une fois alignés sur le cadre et les objectifs de ces événements, ce que nous avons appelé “les invariants”, nous sommes passés à la phase d’idéation pour dessiner deux pré-scénarios d’événement.

Perturbée par le confinement lié à la pandémie de Covid-19, cette deuxième étape s’est déroulée sous contraintes : celle de la distance physique et de l’incertitude quant à la tenue effective des événements. Ainsi nous sommes passés d’une méthodologie fondée sur des temps d’idéation en présentiel à des formats de création en ligne, au cours desquels nous avons utilisé des outils en ligne tels que MetroRetro, Jitsi, Framapad. Nous avons contourné les écueils liés à l’impossibilité de nous réunir physiquement, et nous avons atteint avec satisfaction l’objectif fixé : l’élaboration de deux scénarios d’événement physique. 

Le point de bascule, ou comment donner vie au concept

Dès lors que l’un de nos scénarios fut validé, nous sommes entrés dans la troisième phase, celle de la convergence et de la structuration. Nous avons alors, avec l’ensemble de l’équipe projet affiné et testé nos propositions dans nos organisations respectives (MAIF, MAIF Social Club, FAIR, Ouishare), afin de bénéficier de regards extérieurs. Cette étape a permis à chaque membre de l’équipe de s’approprier le scénario afin de l’enrichir. Sans elle, nous n’aurions pas pu mettre sur pied un plan d’action opérationnel pour la production d’une série d’événements.

Premier test de l'Agora de la Finance Solidaire à Troyes

Alors que nous sommes actuellement dans la phase de test du format de l’événement, nous avons déjà tiré deux enseignements. 

Oui, un événement dont la visée est commerciale doit avant tout encourager les questionnements et le débat

Chez Ouishare nous sommes convaincus de l’intérêt de poser des questions plutôt que de vouloir trouver à tout problème une solution. Pour cet événement, il nous importait donc de créer un cadre dans lequel les participants seraient en mesure d’interroger l’intérêt de la Finance Solidaire, de comprendre l’envers du décor, de poser des questions qui fâchent s’ils le souhaitent... Après avoir travaillé à la conception de ce format d’événement, “L’agora de la Finance Solidaire”, nous croyons toujours plus au pouvoir de la divergence et des dissensus pour favoriser la conviction et l’action.

Non, faciliter des discussions en ligne n’est pas inné. Cela s’anticipe et nécessite des compétences  

Le Covid-19 nous a tous contraints à adapter nos formats de réunion, d’idéation, de débat, de discussions... à des formats en ligne. Cela n’a pas été évident, nous avons dû remettre nos pratiques en question. Mais après avoir beaucoup testé et expérimenté, nous avons beaucoup appris.  De l’attention à porter aux participants pour les inclure dans les discussions, aux outils utilisés pour rythmer les échanges, en passant par des techniques permettant de s’assurer que les participants sont bien disponibles mentalement pour participer à la réunion. La facilitation en ligne est un art à part entière, et nous n’en avons pas encore percé tous les secrets. Ce qui est certain, c’est que sans cette facilitation, notre collaboration avec les équipes de la MAIF et de FAIR n’aurait probablement pas été aussi fructueuse. 

Aujourd’hui, et après un premier test qui s’est révélé très prometteur sur Troyes, nos équipes se préparent pour les tests 2 et 3 qui auront lieu respectivement à Tarbes puis à Paris. Nous serions ravis de vous y accueillir. 

Vous pouvez également contacter clothilde@ouishare.net ou damien@ouishare.net pour plus d’informations sur cette mission : nous vous répondrons avec plaisir. 


(1) Pour en savoir plus sur le partenariat MAIF & Ouishare : retour sur une expérience inspirante d’innovation ouverte entre deux organisations